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Le blog de Persone

Complexe du libre arbitre, paradoxe de la toute puissance et conquête consumériste du déterminisme...

19 Novembre 2018, 22:06pm

Publié par Persone

Complexe du libre arbitre, paradoxe de la toute puissance et conquête consumériste du déterminisme...

Le libre arbitre est-il réellement en opposition avec le déterminisme?

Le procès que ce dernier fait au premier est encore porté par l’allégorie du rocher de Spinoza. Mais l’accusé dorénavant n’est plus jugé pour ses seuls crimes : il est accusé de non existence. Le flou sémantique qui incarnait la prudence du philosophe s’est métamorphosé en un sophisme propre à la démagogie démocratisée. Cette démocratie qui incarne de sombres complexes nourris par l’attraction des pôles, l’illusion du monopole et un État conflictuel permanent. Absolue la transcendance, absolu le déterminisme ! Paradoxalement les deux royaumes vivent en paix, une paix d’hypocrites maintenue tant que les affaires tournent, autour du jardin du bien et du mal.

Transcendance, immanence, déterminisme…

Et si la dualité et le principe triangulaire d’incertitude d’Heisenberg pouvaient enfin résoudre ce dilemme ?...

Les amateurs d’images réductrices et évocatrices des grands principes philosophiques connaissent tous la caricature "spinoziste" de l’homme cherchant vainement à déplacer le rocher du libre arbitre ! Libre arbitre qui dans cette caricature prend populairement la place du boulet, de l’erreur cause de notre désespoir et de notre impuissance.

Voici le texte du philosophe avec lequel nous justifions d’une manière générale cette caricature :

« J'appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d'une certaine façon déterminée. Dieu, par exemple, existe librement bien que nécessairement parce qu'il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu'il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes choses librement, parce qu'il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.

Mais descendons aux choses créées qui sont toutes déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d'une certaine façon déterminée. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d'une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvements et, l'impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu'elle est nécessaire, mais parce qu'elle doit être définie par l'impulsion d'une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l'entendre de toute chose singulière, quelle que soit la complexité qu'il vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent être ses aptitudes, parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d'une certaine manière déterminée.

Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu'elle continue de se mouvoir, pense et sache qu'elle fait effort, autant qu'elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assurément, puisqu'elle a conscience de son effort seulement et qu'elle n'est en aucune façon indifférente, croira qu'elle est très libre et qu'elle ne persévère dans son mouvement que parce qu'elle le veut.
Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent… »
LETTRE de SPINOZA à SCHULLER

Remarque:

La caricature du rocher citée précédemment ne correspond pas nécessairement au texte. Autrement dit, persistent une zone de confusion et de nombreux amalgames, autour des principes et des applications reliant les notions de liberté et de libre arbitre.

En anglais ou en allemand, le concept de libre arbitre s’énonçait "free will" ou "willensfreiheit", dissolvant la notion d'arbitre et de choix. Plus subtiles, les linguistes français ont respecté la version latine "liberum arbitrium". Avoir le libre arbitre ne signifie pas être libre et encore moins dans l'absolu! Bien au contraire, l'expression indique pertinemment que nous sommes responsables de nos actes, parce que quelle que soit la force qui nous contraint, nous pouvons faire le choix le plus difficile et nous déterminer à lui résister. Cette notion, avec la présomption d'innocence et les circonstances atténuantes, est un des fondements de la justice. Majoritairement, dans le cas du crime, les auteurs des faits sont en effet déterminés par des facteurs extérieurs liés à leurs expériences depuis l'enfance, la question étant de pouvoir déterminer les degrés de résistance ou au contraire d'opportunisme reflétant les choix de ces derniers. Le cas inverse illustre aussi bien la notion de libre arbitre: l'effort de jouer contre soi, le sacrifice ou encore la compassion, accomplis alors que tout pousserait à stopper l'effort (et souvent la souffrance) pour retrouver la quiétude et la facilité ! Triomphe du bien ? Non, histoire de logique et de sentiments purs : l'accord du cœur et de la tête ! Un être fort et sage sait que ce qu'il fuit aujourd'hui le rattrapera sournoisement un jour venu, lui ou ses descendants (complexe d'Abraham). A noter, le libre arbitre ne fait pas dans le sentiment : force de sacrifice, un homme peut se doter de facultés mentales et physiques peu communes ! Or rien ne dit qu'il arrivera au bout de sa quête sans flancher face à la mort ou se corrompre devant le matériel ! Pour faire court, passé du côté de la facilité, notre homme est un homme dangereux ! Et pour discuter d'un exemple fâcheux : cette logique simple est utilisée par les laboratoires idéologiques pour forger des espions, des assassins ou des chefs de guerre. Bref, nous pourrions décliner cela de moult façons et notons que Spinoza s'abstient ici de citer le libre arbitre. Subtilement, c'est le libertinage aveugle, le matérialisme, l'éloignement de la nature et l'absence de foi décomplexée de l'"Homme de demain" que le philosophe de la vie critique dans sa proposition.

Pourtant nous savons, au-delà de ce texte, que Spinoza compte parmi les philosophes matérialistes et qu'il tente de remettre en question le libre arbitre en se reposant sur une suite d’idées plus contextuelles que logiques, le menant à confondre les notions de liberté, de libre arbitre et de volonté. C’est donc une analyse circonstancielle de la pensée du philosophe que je propose ici.

A travers de pertinents débats, des commentateurs s’accordent sur le fait que Spinoza est plus à l’aise dans la logique que dans l’abstraction et semble effectivement entretenir une confusion entre la volonté et les volitions… Pour ma part, Spinoza insiste sur le fait que la volonté conçue dans un sens universel comme une faculté, est un réceptacle vague. Il pousse son raisonnement jusqu’à dire qu’elle n’existe pas et qu’il n’existe que des volitions raisonnables, ceci prouvant que la volonté ne peut pas être libre. Notons ici le « flou » suscité par le concept de volonté et une fois encore, gardons en tête que cette notion diffère de celle de "choix" ! Comme Spinoza le souligne, la notion de volonté est soumise à l’intelligence. Pour distinguer la sagesse de la mètis ou du machiavélisme, nous pouvons ajouter : soumise à l’intelligence que celle-ci soit légitime (médiation, empirisme prudent, écologique et humain) ou motivée par un appétit morbide, une perdition quelconque (empirisme propre à compenser les symptômes de la décadence ou du consumérisme). Elle est aussi soumise à la foi et au sentiment, tous deux sujets à l’aveuglement et capables de motiver l’être à agir inconsciemment selon une doctrine intelligible pour le meilleur ou pour le pire. Je souligne ici toute l’importance d’un accord harmonieux entre la raison, la foi et les sentiments.

Néanmoins, nul ne peut nier que cette volonté en tant qu’intelligence ou conviction aveugle peut parfois agir contre son gré dans l’inexplicable "tentation/intention" de l’instant présent, une fois encore pour le meilleur ou pour le pire. C’est à cet instant que la notion de choix se désolidarise de celle de volonté pour agir comme une rotule, une roue libre (j’ai le choix), permettant une alternance de la volonté en saturation de volitions. Or, jusqu’à ce que le choix soit manifesté, qui saurait le prédire ? Jusqu’à cet instant présent (inatteignable passeur), le sujet lui-même fait face à un puits d’infini qui n’est pas sans me rappeler le paradoxe de Zénon ou le triangle d’Heisenberg. A quoi se résume un choix ? Au temps et à la vitesse (de l’expérience et de la prise de décision), à la position du sujet (lors de l’expérience et de la prise de décision) et à la nature de ce choix (relative à la nature du sujet, à la maîtrise de son état et à tous les paramètres interagissant dans son effort décisionnel). Le libre arbitre pourrait-il être caractérisé par les principes de segmentations infinies (Zénon), de roue libre, d’embrayage et de transmission… N’existe-t-il pas un alternateur pour que tous nos courants ne nous consument pas jusqu’au dernier ? Le tout en un de double nature ? De belles pistes n’est-il pas ?

Dans l’exemple d’un homme que l’on menacerait d’une arme reliée à un chronomètre pour le contraindre à un choix, l’observateur connaîtrait l’échéance de la décision, mais ne pourrait effectuer de pronostics sûrs concernant la position finale du supplicié ou la nature de l’acte. La nature changeante d’une particule est liée à sa vitesse et à sa position, mais comme il est impossible d’observer en même temps ou de déterminer ces trois choses à un même instant, nous admettons notre incomplétude, preuves mathématiques à l’appui ! Nous pouvons aussi citer l’exemple de l’anticipation du choix d’une personne faible et prévisible : qui pourrait dire de façon certaine que sa décision correspondra à l’instant T, à l’image que l’on se faisait de sa volonté finale ? Voilà pourquoi il me semble réducteur de confondre les notions de liberté, de volonté et de libre arbitre !

Complexe du libre arbitre, paradoxe de la toute puissance et conquête consumériste du déterminisme...

Un autre « flou » probablement contextuel reste à éclaircir, concernant cette fois la réflexion théologique : Spinoza indique qu’être libre c’est exister par la simple nécessité de sa nature. Il conçoit Dieu comme libre. Mais l’est-t-il ? Sans rien pour agir, il n’est pas libre de vivre toutes les expériences de l’être. Or, lorsque quelque chose est créé, l’expérience est vécue mais ce système est déterminé par des lois et quand bien même le démiurge maîtriserait toutes celles-ci, il ne dispose pas "librement" du contrôle de l’évolution (paradoxe de la toute-puissance) ! Sous un autre angle, partant toujours du fait que Dieu existe, ne serait-ce qu’en tant que principe de création, il ne peut être absolument libre puisque rien ne peut l’être, règle de la dualité oblige : liberté n’a pas de sens sans contrainte. Le « démiurge » me semble-t-il a toujours été trop personnifié par l’Homme ! A-t-il le choix d’être, de se manifester ou d’incarner sa création parce que sa nature va de soi ? Sa nature va de soi, certes ! Mais il n’a pas le choix d’incarner, dualité oblige encore : s’il n’y a rien, il doit y avoir quelque-chose et donc tout. Tout et rien ne pouvant être respectivement absolus. Dieu n’est pas un couple stérile, si j’ose dire ! Entendons couple par force, issue encore de la dualité : le ratio en tant qu’impulsion métabolique. Un point qui n’est pas un point comme nous l’entendons… Aussi, plus nous nous rapprochons de la compréhension de ce qui va de soi, plus la réflexion nous invite à contempler l’infini. Entre cet État primordial de la logique qu’est la dualité et la complexité de cette dernière exprimée par l’évolution de l’univers et de la vie raisonnable, susceptible et sentimentale, notre seule certitude est que ce "non ensemble" qui englobe pourtant tout demeure non figurable. Par prudence pragmatique nous le nommons la logique, laissant planer le doute sur cette mystérieuse pièce qui se joue pourtant entre la raison, la volonté et les sentiments (3 encore). Si la logique et son énigme de 3 est "ens/emble", ce dernier SEMBLE au-dessus et en deçà de toute chose concevable ou non ! Être dans le sens de l’incarnation physique n’a pas de sens sans non-être et inversement, l’éternité ne peut exister sans la notion de création périssable. 

La logique elle-même semble soumise à la nécessité de sa nature et ne peut être sans un état inverse (l’abstrait) et une nature opposée (le non logique, l’impossibilité absolue, le domaine infini de l’erreur : le néant). Encore un système de 3, la dualité, les symétries. Nous pouvons donc penser que « être » et « ne pas être » sont des concepts existant l’un par rapport à l’autre, par nécessité (logique) de leur nature à la fois commune et différente.

Et le principe créateur, réunissant les conditions de la pièce de Roméo, Juliette et Mercutio, ne peut avoir de liberté absolue concernant le contrôle de sa création, sans quoi le monde n’aurait aucun sens. Autrement dit, s’il en avait le contrôle, nous serions des pions sans les destins propres et indéterminables que nous offre la subtile causalité. De simples marionnettes victimes d’un joueur cruel (Dieu à l’extérieur, Dieu transcendant) ! Ou, seconde possibilité, le créateur est en nous avec la conscience de l’intégralité de ces facultés. Dans ce cas, nous serions des êtres parfaits omniscients et sans le moindre mystère, capables de vivre éternellement sur un support trop étroit pour admettre la générosité de l’Amour et le plaisir de la reproduction. Une question se pose ici : n’y a-t-il pas plusieurs niveaux d’existence ? Être en tant que concept, en tant que principe, en tant qu’état, en tant que matière inerte, en tant que matière organique, en tant qu’être vivant complexe réunissant tous les niveaux d’existence précédents. Autrement dit, "est", tout ce dont nous pouvons témoigner et tout ce que nous pouvons concevoir et nommer avec nos facultés et la somme de nos connaissances. Mais parmi ces niveaux d’existence, lequel peut-il avoir conscience de lui-même ? Celui qui les réunit tous ! Autrement dit, l’être vivant et sa nature divine inatteignable, qui ne font qu’un. Un état, comme le vide agit-il avec le non vide en ayant conscience de la danse qui se joue ? Le temps épouse-t-il l’espace dans une véritable romance ? Oui et non ! Non lorsqu’ils sont concepts, principes ou matière inerte (humainement considérés comme distincts), oui lorsqu’ils sont réunis dans la créature vivante, pour le meilleur et pour le pire et peut-être (indéterminable) lorsqu’ils sont réunis en tant que "tout" : l’indémontrable nature divine. Comment notre nature divine, avant l’arrivée de la créature vivante, peut-elle orchestrer un monde aussi complexe et concevoir des êtres aussi intelligents qu’un humain adulte sans avoir la moindre conscience d’elle-même ? La réponse, une fois encore ne serait-elle pas dans l’origine ? L’enfance ! Un nouveau-né a-t-il besoin d’avoir conscience de ses mains, de ses pieds, de son papa ou de sa maman pour exister et être une intelligente et parfaite usine à gaz ? Un enfant a-t-il besoin de concevoir les mathématiques pour les exprimer au quotidien ? Mais nous avons une autre approche pertinente avec l’ "ergo sum" : je pense donc je suis, que le temps et l’espace soient unis pour manifester mon existence ou non ! Avant la prudence ambigüe d’un Spinoza : la prudence ambigüe d’un Descartes. La science nous démontre aujourd’hui que la logique, la volonté et la mémoire n’ont pas nécessairement besoin d’un corps tel que nous le concevons dans notre illusion de la masse, mais de niveaux d’énergie ! Une information non négligeable.

Malgré cette tentative de réflexion théologique, la liberté n’échappe pas à la contrainte et vice-versa, que Dieu ait conscience de lui-même ou non ! J’insiste à fortiori: le libre arbitre ne signifie nullement que l’on est libre et que tous nos choix sont légitimes, mais au contraire, que nous sommes responsables de nos actes !

Cette notion de liberté prêtée au créateur par Spinoza sans plus d’explication, pourrait signifier qu’il est libre d’être, de par la nécessité de sa nature, mais qu’il disparaît avec la contrainte de la création ou qu’il est un démiurge absolument transcendant, tout puissant et libre de disposer de sa création comme il l’entend. Comme nous le savons, ce dernier cas est écarté par toute la pertinence de la notion d’immanence défendue par Spinoza ! Demeure le premier : Dieu s’efface, il est rémanent. Dieu est mort ! La grande énigme qui a voyagé jusqu’au marteau de Nietzsche ! Ainsi, il demeure libre. Mais la rémanence n’impose pas que la cause concernée n’existe plus ! Elle suggère qu’elle peut continuer à s’exprimer sous d’autres formes. Cette réflexion est probablement celle qui motive le philosophe et celle qui corrobore aux principes d’immanence et de double état de la substance existentielle.

Il est fort possible que le "créateur" soit plus qu’un simple principe de création sans la moindre susceptibilité. Comme en témoigne la particule, susceptible d’être à la fois la partie et dans la partie sans jamais être totalement l’un ou totalement l’autre, ni totalement les deux à la fois, ni totalement aucun des deux.

Voici qui justifie la profondeur intellectuelle de Spinoza, mais demeure en contradiction avec la notion de liberté prêtée au divin. Le principe créateur se perpétue à travers la création, il n’est donc pas libre, si ce n’est de vivre son expérience, avalanche d’évènements dont les causes et les conséquences sont parfaitement déterminées par une logique dont il est lui-même issu. En revanche, lorsque le principe commence à s’incarner dans un être vivant, il jouit de sa liberté de profiter du spectacle et du pouvoir de modifier le cours des évènements tout en ayant, encore et toujours, la responsabilité de ses actes dans un monde déterminé qui lui fera payer ses erreurs d’être mortel et corruptible.

Il me semble que la présente réflexion amenuise la frontière entre immanence et transcendance : l’homme fait partie et incarne lui-même un principe de création immanent, rémanent, changeant et néanmoins éternel. Mais ces facultés ne peuvent lui permettre d’atteindre l’Etat du divin (incomplétude) dont la figuration devient abstraite et transcendantale. Les êtres les plus proches de la création, les nouveau-nés et les enfants, reflètent pertinemment cette vision des choses ! L’être concerné est une parfaite usine créatrice fabriquant de la vie intelligente selon des systèmes mathématiques dont il n’a pas encore conscience. Comme si ce corps, que l’on identifie peut-être à tort à une matière semi inerte, était omniscient et que le cerveau était en phase d’apprentissage de ce nouvel état d’existence (en attente d’information, d’une « énergie » consommable analysée par le potentiel intelligent qui s’active de lui-même et croît en consommant et en enregistrant les saveurs, les formes et les équations sur une mémoire). A-t-on besoin d’un Hardware et d’une prise de courant dans l’absolu ? La physique quantique et les travaux de Higgs prouvent que non ! J’évoquais l’enfance, mais les animaux les plus proches de la création ont aussi inspiré les poètes et les animistes en ce sens. On dit du poisson qu’il ne pense pas parce qu’il sait tout ! Je rappelle que les indiens affirmaient que le monde n’appartient qu’à nos enfants… Cette réflexion théologique s’applique aussi à Isaïe, qui mentionnait Dieu comme l’Éternel désarmé ! Un point de vue occulté par les juifs eux-mêmes et par le choix politique et patriarcal de « Dieu le Père tout-puissant », imposé par les institutions religieuses. Malgré le flou laissé par Spinoza concernant ces questionnements « vocabulaires » relatifs au libre arbitre et la liberté du divin, notons que le philosophe n’était pas étranger à cette conception du créateur. Immanence !

Une conclusion s’impose ici à propos de l’amalgame Historique entre politique, dogmatisme et réflexion théologique :

Comme mentionné précédemment, Spinoza s’opposait à Platon, Aristote et même Descartes, lorsqu’il affirmait que la substance divine était de double nature, ces deux états ne faisant qu’un. En parallèle de cette proposition, nous retrouvons encore la position de l’Église Chalcédonienne concernant la trinité et la double nature de Jésus. Or la sacralité de ce dernier, ainsi que son statut dogmatique de centre référentiel unique et absolu, ne sont résolument qu’une question de stratégie de survie pour les nazaréens et plus tard une épineuse question de politique ! Mais j’insiste sur le fait que la notion de trinité défendue par l’Église Chalcédonienne depuis toujours, recèle quelques secrets bien gardés : Sainte trinité formée par l’impulsion créatrice (indéterminable), la création (déterminée) et la logique qui impose les règles.

Comme nous venons de le voir, le scepticisme vis-à-vis des institutions religieuses trouve ici toute sa pertinence : l’impulsion créatrice ne peut en aucun cas être assimilée à Dieu le « Père » et la création au seul « Fils » ! Le Saint Esprit demeurant une idée pertinente. Mais nous conviendrons ici que ce litige est bel et bien d’ordre politique et machiste (contrôle du vagin et de l’enfant par le patriarche) et non d’ordre religieux !

Concernant la création, notons qu’un accord de trois s’y exprime encore : deux états différents (vide et plein, + et -, mâle et femelle) et un milieu indéterminable (le vase communicant, le centre du cercle, la phase neutre, l’enfant)… Et plus si affinité. Le libre arbitre peut être considéré comme la liberté d’exprimer une nature profonde, quelles que soient les forces qui s’appliquent à nous, ou au contraire de lui résister pour faire l’expérience de ce qui n’est pas dans notre nature et cohabiter avec cet autre tat, qui est l’inverse du nôtre. Le tout pour un ensemble équilibré et cohérent. Première contrainte divine : la dualité, le double état (vide et plein, rien et tout, temps et espace… Mais aussi haut et bas, intérieur et extérieur, + et -) … Et un jour, mâle et femelle !

Une suite de contraintes sordides vouée à la destruction ? Ou une histoire d’Amour capable d’apprivoiser la fureur de vivre et de redonner son titre de noblesse à la mort, toujours mystérieuse ?

Malgré le point de vue critique que je tente d’assumer ici, je ne peux que remercier Spinoza d’avoir ouvert la voie du simple bonheur de vivre, à une société occidentale vorace qui s'est toujours donné les moyens de philosopher au détriment des autres !

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N
"nous sommes responsables de nos actes, parc que quelle que soit la force qui nous contraint, nous pouvons faire le choix le plus difficile et nous déterminer à lui résister. Cette notion, avec la présomption d'innocence et les circonstances atténuantes, est un des fondements de la justice."<br /> <br /> Non, cela est une illusion de notre expérience humaine. Lorsque nous "faisons le choix de résister à quelque chose", nous ne faisons rien de plus qu'obéir à un autre déterminisme plus puissant dont nous ignorons l'origine. Cela est contre-intuitif mais ça devient évident lorsque l'on prend réellement conscience de ce mécanisme. <br /> <br /> C'est ce que dit clairement Spinoza lorsqu'il affirme que "Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent".<br /> En d'autres termes, nous ne faisons pas de choix : nous ignorons simplement la complexité de nos déterminations.<br /> <br /> Concernant la notion de "liberté", il ne faut pas faire d'amalgame entre la liberté telle que nous l'entendons habituellement et la liberté selon Spinoza. La liberté telle que nous l'entendons, est par nature impossible. <br /> D'où la nécessité de redéfinir ce que doit être la liberté. C'est ce que fait Spinoza : il redéfini la liberté comme le fait d'agir "selon la seule nécessité de sa nature". Ainsi pour l'homme la liberté consiste à suivre son conatus, c'est à dire à augmenter sa puissance, c'est à dire à vivre dans une joie permanente (et non dépendante des causes extérieures).<br /> Selon la redéfinition de la liberté de Spinoza, Dieu est effet libre par définition : étant TOUT, il n'est affecté par aucune cause extérieure, il agit donc selon sa seule nature.
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P
Il n’est pas si contrintuitif (du moins pour tout le monde ) de comprendre qu’en dernière instance, avant un choix, un sentiment plus fort que le précédent ou une autre détermination raisonnable vienne nous faire changer d’avis ! Parfois un choix peut même se faire en fonction d’une autre personne qui vous poussera à agir au-delà de toute la détermination qui est la vôtre, de force ou par sentiment encore ! Bref une fois de plus, une force déterminée indéterminable qui vous détermine  ! Cela je ne le nie en aucun cas et propose cette notion de rotule que j’applique à celles de choix et de libre arbitre (L.A qui j’insiste n’est pas la liberté). Cette rotule elle aussi fait partie de la logique déterminée des choses ! La nature est bien faite, parfaite pourrait-on dire, perfection s’accordant avec imperfection… La logique encore ! Cette rotule que j’évoque fonctionne pour moi comme un embrayage, une roue « LIBRE » permettant à la nature d’un système de gérer le rapport entre sa vitesse et la capacité d’effort et de résistance de ses composants. Quand le pilote va-t-il passer la « vitesse » supérieure ou rétrograder ? Va-t-il se fier à ces compteurs (qui sont raisonnablement programmés de façon déterminée) ou va-t-il décider de faire confiance à son instinct pour tenter de gagner la course, au risque de faire exploser son moteur ? Dans quel état se trouve celui-ci ? Le pilote le ressent-il ? C’est ici que se dessine la frontière entre le déterminé et l’indéterminable (je n’ai pas dit l’indéterminé) ! Nous voilà face à l’incomplétude de Gödel ! Pourtant de nombreux pratiquants de sports extrêmes (pilotage, ski, plongeons vertigineux…) savent que cette indéterminable décision qu’ils ont prise était la bonne ! Ce qui m’amène à penser à la complémentarité de la transcendance et de l’immanence (qui me rappelle aussi la complémentarité de la rémanence et de l’éternité infinie), sachant que je n’y vois aucune opposition avec le déterminisme, simplement une complémentarité ! Le monde abstrait des artistes, lorsqu’il forme une passerelle entre la théologie et la science m’évoque le même sentiment. <br /> Concernant la proposition « les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils se croient conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent ». Elle n’affirme pas que nous sommes ignorants des causes qui nous déterminent, mais que nous croyons l’être ! Si nous croyons être conscients de nos actions et que nous croyons en même temps que nous sommes ignorants des causes qui nous déterminent, c’est que nous admettons être noyés dans un paradoxe de la croyance ! Comment en déduire que nous sommes libres ? Cela n’a pas de sens ! Je viens donc de vérifier et Spinoza énonce en réalité : <br /> Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés... Apparemment cette proposition ne cache aucun paradoxe, mais est-ce vrai que les hommes se croient libres ? « Les Hommes » signifie tous les hommes ou sous-entend par défaut la majorité des Hommes. Or, en remontant l’histoire, nous constatons que les plus anciennes traces écrites et archéologiques nous indiquent que l’époque « barbare » était caractérisée par le fait que les Hommes croyaient en des dieux on ne peut plus déterminés dont l’état de guerre permanente justifiait nos fautes de simples mortels. Plus tard, pour rappeler l’homme à la responsabilité de ses actes vis-à-vis d’un Dieu unique indéterminable, transcendant, miséricordieux et tout puissant , les pouvoirs politiques et religieux nous ont soumis au jugement de l’Eglise en tant que pauvres pécheurs inconscients, pour éviter que notre âme soit sauvée du mal qui sans cette protection la déterminerait. Et à l’aube des Lumières, la science a remis le débat de Platon et Critias au goût du jour (*). Dieu, c’est la logique. Tout s’explique par la science, nous n’avons besoin de lui et de sa miséricorde que par hygiène morale ! Plus de dieux, plus de Dieu, mais encore un déterminisme. <br /> Alors j’aimerais bien savoir ce que Spinoza entendait par « les hommes se croient libres » ou par la suite « pour cette seule cause qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés » !<br /> Peut-être disait-il maladroitement qu’une partie des hommes se croient libres…<br /> Mais en réfléchissant à cela, j’ai fini par me dire que même un type ayant le sens des réalités (un romain par exemple qui n’adhère pas ni aux anciens dieux ni au Dieu unique et même doté d’une si forte tête qu’il n’a que faire des élucubrations d’un Démocrite (grec)) est capable de comprendre que tous ses choix sont déterminés par des besoins primaires, des obligations, des contraintes ou des sentiments ! Il peut même constater que les autres n’ont pas forcément les mêmes contraintes ou sentiments que lui, mais qu’ils sont tout autant déterminés ! Voilà qui n’annule pas totalement, mais réduit de beaucoup le champ de la proposition de Spinoza, avec tout le respect que nous lui devons pourtant. <br /> Mais surtout tout cela ne contredit en aucun cas votre phrase « En d'autres termes, nous ne faisons pas de choix : nous ignorons simplement la complexité de nos déterminations ».<br /> Pour finir, j’insiste sur le fait que nous sommes responsables de nos actes conscients grâce à une rotule et un « embrayage » intervenant dans la notion du choix, lui-même lié à la fois à l’impermanence et à la permanence de cet ensemble indéterminable de ce qui existe et de ce qui n’existe pas. Mais je n’ai jamais affirmé que nous étions libres ! Pour moi et n’en déplaise aux fans de Spinoza, la liberté est un terme aussi flou que la volonté et je la ressens non figurable, toute relative et soumise à conditions, y compris concernant « Dieu ». Je critiquais donc cette confusion sémantique entre « liberté » et « libre arbitre », ainsi que l’utilisation trompeuse de la notion de « liberté » et son attribution au « créateur ». En développant, nous risquerions de verser dans un débat concernant les concepts de bien et de mal (lui aussi arbitraire et relatif !!!), mais le sous commentaire étant déjà bien long, il est préférable d’éviter… Je soulève simplement l’importance de la notion de responsabilité de nos actes, dans un monde de croyants et de pragmatiques dont les déterminismes confondus nous ont menés jusqu’à l’anthropocène et jusqu’au fatalisme qui nous rassure. <br /> (*) : Sujet du dialogue Platon Critias & co (source : fragments du « Critias ») : ces dieux déterminés ne sont que des chiffres et des forces quantifiables, mesurables en considérant le temps et l’espace grâce à un ensemble déterminé de chiffres qui engendrent les nombres infinis (j’ai complété le propos avec un petit concept pythagoricien). Les histoires que l’on raconte ne sont que des fables écologiques et pédagogiques malheureusement considérées au premier degré par le peuple. <br /> Une question se pose ici : alors pourquoi tant d’hermétisme et de cryptage dans ces contes ? Deux réponses : un poète, érudit et alchimiste initié sait qu’il maîtrise un état de connaissance qui se mérite (thème de la pierre philosophale ou du Graal…) et ne s’enseigne que moyennant de nombreux sacrifices concernant le maître et l’élève. C’est ce qu’on appelle l’hermétisme naturel de la gnose. Il est donc plus aisé de suggérer les fruits récoltés de cette connaissance en recherche perpétuelle, grâce au talent des artistes. La seconde réponse est d’ordre contextuel : Il valait mieux à l’époque, rester dans le politiquement correct ! Les premiers écrits sumériens sont de subtils contes pédagogiques dont les métaphores restent accessibles au commun des lecteurs, mais l’ensemble des écritures « fabuleuses et théologiques » grecques, tout comme les livres de métaphysique égyptienne ou même l’ancien testament (reprenant les légendes sumériennes) regorgent de cryptages arithmétiques et de symbolique d’une rare subtilité !
P
Lorsque je cite " Quelle que soit la force qui nous contraint, nous pouvons faire le choix le plus difficile et nous déterminer à lui résister..." , je n'évoquais que la notion de libre arbitre lié à la responsabilité! Pas celle de liberté et encore moins celle de liberté de l'être!!! La notion de libre arbitre est une subtilité sémantique latine reprise par les forgerons de la langue française. Le propos ne concerne que les domaines de l'éthique, de la morale, de la justice. Se retenir d'exterminer un nid d'abeille alors qu'on en a peur et qu'elles pourrons vous piquer un jour, se retenir de forcer une jolie jeune fille parce qu'on la désire et qu'on la juge provocatrice... Bref "le bien et le mal" qui lui aussi en tant que concept est tout à fait relatif, infiniment complexe et inatteignable. Les pistes établies par nos penseurs semblent nous mener à une réunion subtile et harmonieuse entre des ingrédients de la raison et des sentiments qui dissociés restent aveugles et peuvent engendrer le pire en toute bienpensance (l'absurde): le désir, la possession, le rejet, la joie, la tristesse, la colère, la foi, l'amour, la logique, la plénitude. Au commande de l'Orgueil (celui de l'individu et celui des Nations): l'amour propre et ses faiblesses, ayant entraîné la perdition de l'amour de soi, de l'amour de l'autre, de l'amour des autres (fraternité), de l'amour de la vie (innocent et sage à la fois, comme un vieillard/enfant et vice-versa).