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Le blog de Persone

Génétique du langage (la magie pour les nuls partie I)

18 Décembre 2020, 16:25pm

Publié par Persone

Génétique du langage (la magie pour les nuls partie I)

Dès l’origine d’un univers (manifestation et évolution particulière du phénomène spatiotemporel), le langage est la première manifestation du principe d’immanence propre à l’existence. Avant d’être la façon dont une créature interprète (réception, transcription) et partage (élocution instinctive et protocole commun d’expression) ce qu’elle vit et observe, à savoir les interactions entre des phénomènes ou des objets, le langage est à la fois ce qui définit ces objets et phénomènes, ainsi que les lois qui régissent leurs interactions.

Le langage, questionné et retranscrit par l’Homme, lui apprend entre autres à reconnaître l’unité, la dualité, le ratio, le volume ou la pluralité de toute « chose »… Il renseigne aussi sur la relativité de notre jugement et nous apprend à faire la part des choses entre les constantes et les variables (déterminées ou inhérentes au facteur de probabilité). Rien d’étonnant donc dans le fait que certains mots possèdent une signification claire et unique et que d’autres aient une double (triple, quadruple…) signification : un sens différent suivant le contexte ou le prisme d’observation, ou encore un sens codé qui se révèle dans l’étymologie du terme, dans sa construction lettre par lettre et/ou dans sa valeur numérique. Chaque mot a donc une valeur sémantique propre, unique ou plurielle et une valeur arithmétique unique mais impropre, qu’il partage avec d’autres mots différents.

  • Je ressens, je compare, je vérifie(…) : expérience.
  • Je retranscris, je mémorise, je me réfère à la logique (ce qui est constant), je définis des bases, je calcule, je compare les théories aux résultats (…) : raison, rationalisation, réductionnisme.
  • Je compare les phénomènes compatibles de l’expérience pratique et de sa rationalisation à ceux relevant de la psyché et je me pose la question existentielle de l’observateur/acteur/créateur face à l’univers et aux forces qui l’entourent et le constituent : métaphysique. 

Remontons aux temps de l’expérience des premiers pas de l’Homme moderne (le Sapiens), bien avant les progrès de l’analytique par les langages véhiculaires et l’écriture : c’est ici que nous avons mémorisé les phonèmes que nous avions en commun avec tous (les cris et autres sons primaires) et ceux plus complexes qui se structuraient dans un périmètre local. Les premiers aventuriers voyageurs, nomades, étaient donc les premiers témoins de la diversité du langage, malgré de nombreuses bases communes. Témoins, acteurs et créateurs en matière d’évolution des langues.

 

Idéogrammes, phonogrammes, pictogrammes :

Les premières formes d’écriture furent nécessairement imagées (pictogrammes), et abstraites (idéogrammes), la seconde forme permettant de relier des idées à des symboles ou de représenter les nombres pour faire les comptes. Un chiffre est un idéogramme très particulier, il est un objet abstrait qui exprime une valeur réelle de double nature. La première nature est arithmétique (le décompte) et la seconde, plus subtile, est la sémantique (unité, dualité, trinité… Segment et polygone… Notion de pair, d’impair et de premier… Et autres principes élargissant le champ d’action des propriétés mathématiques des chiffres). Cependant concernant le vocabulaire usuel hors mathématiques, tous les symboles traduisaient des mots dans une langue commune, mots regroupant plusieurs pictogrammes ou idéogrammes consécutifs, concernant les plus complexes. Or les phonèmes (plus petite unité fragmentaire) composant chaque symbole forment un socle de sons communs propre à la nature humaine, malgré leur assemblage différent et leur modulation dans chaque langue. L’écriture phonétique et la création des phonogrammes propres à chaque culture n’attendaient que leur découverte oserais-je dire ! Elle a commencé par des suites de pictogrammes représentant des mots monosyllabiques dont l’assemblage forme donc un terme plus complexe, soit par association d’idées, soit par procédé arbitraire. La révolution de l’écriture, jusqu’à sa réduction lettre par lettre a donc commencé par le jeu du rébus, l’assemblage de ces derniers correspondant, comme nous venons de le voir, à une association logique ou à une simple convention de langage (un mot composé de plusieurs autres plus courts sans relation apparente).

Les différentes formes d’écriture portées par les pictogrammes, idéogrammes et phonogrammes, découlent les unes des autres ; elles sont indissociables. Chaque peuple pratique préférentiellement l’une ou l’autre de ces méthodes ou un mélange des trois. L’écriture cunéiforme, par exemple, est un mélange d’idéogrammes et de phonogrammes.

Notons aussi que les phonèmes ont un sens bien plus subtil qu’on ne l’imagine (sens qui traduit à la fois ce qui est sensé et donc logique, et ce qui est sensoriel) :

Les phonèmes, qui finiront par être réduits jusqu’aux lettres composant les alphabets (consonnes et voyelles), sont les premiers sons émis par l’Homme lorsqu’il a ressenti le dedans et le dehors, lorsqu’il a éprouvé la peur, la douleur, l’amour, la joie, le doute (…) et l’envie ou le besoin de se nommer, de nommer l’autre, de nommer l’objet et d’en parler. Le sens des phonèmes est lié à l’émotion ressentie par un stimulus, traduite par une réaction vocale. Les premiers cris des nouveaux nés par exemple sont communs à tous les Hommes, tout comme les sons A ou I indiquent communément la douleur ou le rire.

L’invention des lettres par la voie phonétique a commencé par le besoin d’un moyen de communication commun entre l’administration égyptienne et les régions avec lesquelles cette dernière pratiquait des échanges. Cette découverte ne vient pas de l’Egypte, mais des immigrés issus notamment de l’Asie centrale, qui y vivaient en tant qu’esclaves ou carriéristes. Rappelons-nous ici des nomades cités plus haut en tant que premiers témoins, acteurs et créateurs de l’unité et de la diversité des langages. Un fois encore, on remarque que les notions de langage et de voyage à double sens sont intimement liées ! L’odyssée de l’écriture est un pèlerinage sous le signe de l’immanence. À cette époque, les pictogrammes égyptiens furent traduits dans la langue des créateurs du premier alphabet, qui n’en conservaient que le premier phonème du mot ainsi traduit pour en faire une lettre. Exemple : le bœuf se disait entre autres « Alouf » dans les langues sémitiques, le pictogramme égyptien caricaturant la tête de l’animal fut l’ancêtre du A. Cependant, ce système d’association du pictogramme égyptien au premier phonème d’un mot communément prononcé par des peuples voisins, demeure très arbitraire d’un point de vue sémantique. Pour que le son, l’image et l’idée corresponde de façon logique, il est nécessaire de travailler la valeur signifiante de la lettre, de la faire évoluer d’un point de vue graphique (signification géométrique) et de lui attribuer une valeur numérique relative à sa valeur signifiante. Cette valeur est exprimée de façon ordinale et cardinale par le rang de chaque lettre dans un alphabet.         

Dans son évolution, l’écriture représente donc un challenge d’unification progressive de sa composition arbitraire (conventions pratiques et variables culturelles) et logique (universelle). Génial ! A-t-on envie de s’écrier… Mais l’odyssée du langage s’assombrit nettement avec le choc des civilisations et les copyrights de la connaissance par les Hommes de pouvoir en conflit permanent.

Il convient ici d’évoquer une histoire oubliée par l’Histoire, un conte oublié par les comptes, une histoire de chiffres, qui sont autant de valeurs que de principes :

Le premier alphabet protosinaïtique (ou protocananéen) fut la conséquence des échanges et des nécessités dialectiques entre les peuples de la Mésopotamie et l’Egypte, il y a plus de 3 000 ans. La Basse Mésopotamie étant la région qui a vu naître la civilisation sumérienne puis le royaume des Akkadiens auxquels nous devons l’énigme spatiotemporelle Nietzschéenne « Dieu Est Mort ». Les méandres de l’Histoire conflictuelle entre les juifs et l’Egypte trouvent ici leur fondation noueuse. Un anneau abstrait autour duquel s’affrontent des peuples assimilant la notion du divin à un ensemble de divinités (les chiffres et les nombres encore privés de 0) et d’autres ayant la vision commune d’un Dieu unique, mais inatteignable (le zéro sémantique, qui attendra la percée des mathématiques indiennes pour devenir un chiffre à part entière, distingué du néant). Or, l’alphabet linéaire protocananéen a vu le jour aux alentours du règne d’Akhenaton, réputé pour être le pharaon excentrique qui tenta d’imposer à l’Egypte un dieu unique au-dessus de tous les autres. Globalement, depuis dix siècles avant notre ère (une période de bouleversements qui marque le passage de l’âge de bronze à l’âge du fer), l’Egypte entretenait des relations tumultueuses avec cette entité voisine qui donna naissance aux royaumes d’Israël et de Juda. Cette époque est marquée par une redistribution des forces et la naissance de nouveaux pôles d’échange. Notre alphabet protosinaïtique sera porté vers l’Ouest par le Nord et par le Sud grâce au rayonnement de l’entreprise phénicienne.  J’ajoute ici que les chiffres arabes universellement admis de nos jours sont le lien entre l’Est, l’Ouest, le Nord et le Sud. Et leur magie révélatrice s’est soustraite d’elle-même du zéro, sept siècles après JC.  Le tutoriel de désamorçage de la bombe des guerres de religion est ici. Cette même bombe qui caractérise le choc des civilisations et son cercle vicieux: le contrôle exclusif de la matrice qui ne sera jamais l'objet de pouvoir que l'orgueil imagine. 

 

Consonnes, voyelles, lettre muette et silence :

Ce qui deviendra les voyelles sont les sons que nous pouvons émettre en continu, en fonction de notre souffle. Ces sons expriment l’aigu et le grave ainsi que les notes. Cette « musique » elle aussi dépend de l’émotion et donc du langage entre l’extérieur et l’intérieur.  Les futures consonnes sont des liens qui permettent d’assembler les notes en traduisant d’autres émotions. Et d’autres phénomènes tenant à l’immanence du langage de l’existence : ouverture, fermeture, aspirer, souffler, arrondir, former un angle, etc. Ensemble, elles ont une portée infinie : les champs lexicaux du ressenti. Cependant, si certaines retranscriptions de l’expérience ou de l’observation par le son demeurent communes à tous les Hommes, certaines sont variables, rien de plus logique, l’essence même de l’évolution et de la spéciation étant la diversité. Il n’y a donc jamais eu de langue « adamique », commune à tous les êtres humains. À ce jour le langage le plus universel qui soit, semble se résumer aux conjugaisons du couple ma/thématique - sem/antique. En revanche, la décomposition du langage en phonèmes réduits au maximum, permet une communication (correspondance logique) entre toutes les langues parlées.  Les voyelles et consonnes sont les plus petites unités sonores. Plus précises que les sons complexes déjà assemblés par pictogrammes ou idéogrammes, elles sont ancestrales bien qu’elles ne furent utilisées que tardivement et parfois arbitrairement pour faciliter la communication entre deux peuples. Comme nous l’avons vu, avec le temps les philologues ont modifié la calligraphie des lettres et leur ont assigné des valeurs numériques pour corriger le côté arbitraire de leur utilisation primaire.

Or, la valeur sémantique d’une lettre se construit par la convergence de nombreux facteurs logiques, expérimentaux et sensoriels. Le principal facteur sensoriel, nous l’avons mentionné plus haut : ces plus petites unités sonores étant la retranscription d’une expérience directe avec l’environnement et nos semblables. Les divers cris, grognements et autres sons instinctifs, mais aussi l’imitation des sons de la nature : « FFF… » pour le vent dans les feuilles et « VVV… » lorsqu’il souffle le long d’un mat creux, P ou T lors de l’impact d’une goutte sur une surface, ou encore le « MIAOU » d’un chat ou le R insupportable du ronfleur etc. Nous pouvons apparenter ce phénomène linguistique primaire à la notion de système analogique dû une fois encore à l’immanence : action de l’environnement et réaction innée de l’être, notamment en fonction de sa physiologie (récepteur, cerveau, et organes buccaux pour la réponse orale). Ces réactions, comme nous venons de le voir ont à la fois un socle commun et des formes variables. C’est la magie génétique du langage ! Nous retrouvons ici le thème de la correspondance du milieu intérieur et extérieur, soulevé depuis quelques décennies par la discipline de l’épigénétique. 

Immergeons-nous plus profondément avec le recul de notre temps : les phénomènes analogiques sont classifiables et mesurables (dilatation du mercure en fonction de la température, élongation d’un certain type de ressort en fonction du poids qu’on y accroche… Ou, concernant parole et musique, les gammes de notes, la fréquence d’une note, les vibrations de la glotte. Etc.   Or, toute mesure analogique peut-être traduite numériquement et analytiquement, sachant que les chiffres, signes et symboles mathématiques possèdent une valeur sémantique. Avec leurs moyens et leurs compétences dans de multiples disciplines, nos premiers linguistes et philologues pratiquaient donc l’analogie et observaient des protocoles rigoureux pour assimiler aux lettres des valeurs numériques concordantes, ainsi que pour les calligraphier. C’est ainsi que les principales langues véhiculaires (orales et écrites) se sont structurées et ont évoluées, chaque lettre étant liée à un nombre puis un chiffre (par sommation de la valeur des termes consécutifs du nombre) et placée au rang correspondant d’un alphabet. Valeur ordinale et cardinale des chiffres et des lettres. Or, les valeurs numériques assignées aux lettres corroborent dans tous les alphabets communs au bassin méditerranéen et au-delà : le phénicien, le cyrillique, l’hébreu, le grec, le latin… Comme nous l’avons vu, ce travail est le fruit d’un long et scrupuleux travail, les nuances et les illogismes ayant été corrigés ou expliqués par les linguistes, avec le temps. Parallélisme entre l’évolution et l’involution du langage ! On retrouve ainsi de nombreuses correspondances arithmétiques, géométriques et sémantiques entre des langues très éloignées, comme le latin et le sanskrit par exemple.

« Nous avons perdu notre latin » plaisantent-ton de nos jours, sans savoir de quoi nous parlons ! Héritières des langues dite mortes, les langues modernes de la civilisation judéo-chrétienne occidentale  découlent de toute cette logique, de toute cette odyssée dont la lumière craint plus l’oubli et l’intelligence artificielle que les tempêtes et les orages traversés par l’enfant des eaux en quête de l’arche d’alliance.  

Note : dans certains alphabets les chiffres/nombres et les lettres sont confondus, dans d’autres ils sont distingués, ceci exprime les façons différentes dont nous retranscrivons dans nos écritures respectives, les valeurs sémantiques, arithmétiques, géométriques et musicales manifestées par le langage.

 

Des signatures classiques, relatives et quantiques :

Entre autres avantages, la création des lettres (voyelles et consonnes) permet de décomposer les syllabes en caractère réduit au maximum. Une précision non négligeable comparée aux suites de phonogrammes composés de plusieurs images représentant des sujets prononcés en une seule syllabe (ra, to, so, si, xi, yo, le, mu, ki…) et signifiant un nom composé.  Un mot a un sens, une syllabe a un sens, une lettre a un sens, aux linguistes de faire correspondre le tout ! Une nouvelle source pour la composition et la partition des idées réduites à des inscriptions et des sons. Et une aubaine pour l’évolution du langage qui s’adapte à l’évolution et à la complexification des évènements. L’Homme a besoin de nouveaux mots pour définir les objets, les principes, les lois, les phénomènes qu’il découvre. Nous revoilà devant la nécessité des idéogrammes avec l’option « idéophonique » à redécouvrir. L’évolution et l’involution du langage sont comme deux vases communicants. J’insiste encore sur le fait que chaque langue véhiculaire s’est donc dotée d’une logique, prenant en considération la valeur sémantique d’une lettre, d’une syllabe, d’un mot. Un mot a une signification, parfois double, triple ou quadruple, suivant le contexte dans lequel il  est employé. Les syllabes et les lettres qui le composent renvoient elles aussi à un complexe sémantique. Les philologues, avec le temps, se sont aperçu que les valeurs sémantiques de certains mots entretenaient un rapport étroit avec la décomposition de la suite des lettres et des syllabes qui les compose. Dans le même temps, ils ont utilisé ce phénomène pour créer de nouveaux mots proportionnellement au besoin de nommer de nouveaux concepts.  Ils ont aussi utilisé cet art pour coder des idées qu’il n’était pas prudent de revendiquer à leur époque.

Exemple : « persévérer » et « persévérance » viennent étymologiquement du latin « persevero » qui  signifie s’obstiner, dans une connotation d’entêtement et de conflit.  « Per » signifie à travers et « sever » renvoie à la notion d’austérité (severitas) et de rigueur (severitas et severus). Dans sa connotation négative, « persevero » s’oppose à « percenseo » (faire le dénombrement complet) ou à « persentio » (ressentir profondément). On remarque une ambiguïté avec la racine de « veritas » qui signifie vérité. Il y a ici un probable jeu sémantique : pourquoi s’obstine-t-on ? Pourquoi et comment cherche-t-on à atteindre, à percer, à voir au travers ? Et au travers de quoi ?  « Severus » commence par un S qui symbolisait le serpent et la courbe sinusoïdale (dualité, va-et-vient, tirer et pousser…). Apparait ensuite EVE… Un hasard ? Le V renvoie à la fonction de la lettre « vav », qui symbolise le féminin et la beauté (Eve). Cette lettre nous permet de jouer avec la notion d’ambiguïté et d’ambivalence et possède en hébreu la faculté d’inverser le temps ou la nature des objets signifiés. Reste la lettre R, qui dans l’Antiquité symbolisait la tête. Résumons le champ sémantique représenté par ce mot : s’obstiner, vouloir percer, passer au travers, pulvériser les barrières et les frontières…  Au travers de quoi et quelles barrières donc ? Les épines de la rose, le sanctuaire de la matrice qui crée l’existence et définit les lois et la structure de son évolution… Une quête non assumée par l’Homme se cacherait-elle derrière tout cela ? La quête commune de la verge du temps et des divines formes de l’espace. « Per » est ce qui traverse, ce qui passe. Le P, dans l’Antiquité représente à lui tout seul le caractère masculin, qui tourne autour de son complémentaire (le féminin), qui laboure, perce la virginité, engendre et rayonne.  L’ancêtre du P latin est Pi. OR, Pi indique le rapport entre le périmètre de la courbe fermée parfaite, le cercle, et son rayon phallique (linéaire). Sa version maritale est Phi, le nombre d’or (proportion divine, union du masculin et du féminin). P est aussi la première lettre de pater ou père. Les philologues français ont suivi cette logique et lorsqu’on entend persévère, on entend aussi « Perce Eve erre ». En d’autres termes : « Qui sans son consentement perce Eve, erre. » On entend aussi « père sévère ». Autrement dit, il y a dans persévère un sens ambivalent et un avertissement caché dans la structure même du mot. Un avertissement lancé à une société patriarcale fondée sur le rapport dominé/dominant ou maître/esclave et l’instrumentalisation de l’être et de l’avoir. Ce jeu sémantique est-il le fruit du hasard ? Une des particularités de l’immanence du langage ? Un effet volontaire de nos linguistes ? Répondre à cette question relèverait du travail d’un philologue aguerri et d’un historien habitué à voyager dans les labyrinthes et les coulisses les plus sombres de notre Histoire.     

Le champ sémantique ouvert par l’écriture en voyelles et consonnes nous ramène donc à la notion d’immanence : communément, l’homme pense avoir inventé le langage alors qu’il ne fait que le découvrir peu à peu. Au passage, nous venons de comprendre que le langage des oiseaux n’est pas qu’un surprenant hasard, mais une manifestation logique de l’évolution des langues, un présent (cadeau) du jeu de l’existence et un système de codage pour des linguistes vivant aux temps des persécutions, aux temps de l’obscurantisme et de l’inquisition radicale.

La compréhension des lois et des sentiments qui nous unissent, tout comme le Graal de ce roi perverti qu’est l’homme, sont caché sous notre nez dans la trame de nos propres langages. Si la simplicité est sous notre nez, la complexité de cette affaire nous échappe encore.

 

Epilogue :

Le langage, pour revenir à l’introduction de cet article, désigne à la fois le tissu d’informations qui relie les principes, les lois, les interactions et l’observateur (le langage de la nature au sens large), et la façon dont l’observateur exprime ce dont il témoigne. Nous venons aussi de méditer sur le fait que l’analyse des règles, de la structure et des éléments, propres aux différentes langues humaines, nous ramenait à la logique et aux principes qui régissent les interactions dans l’univers que nous connaissons. Immanence.

Le langage est la signature de la double nature de la substance, telle qu’un Spinoza la concevait.

Partout et nulle part, il est au cœur du fonctionnement de l’univers et de la vie, il est aussi ce qui les révèle à l’observateur et ce qui permet à ce dernier de partager son expérience et de répondre aux questions pratiques et existentielles. Nous venons ici d’appréhender ses formes orales et écrites complexes, mais n’oublions pas qu’un simple regard, un simple geste est aussi une manifestation du langage.

Néanmoins, l’Homme jouit d’une liberté relative dont le caractère conditionnel ne lui plait guère ; enclin à l’hypocrisie, il se fait un véritable complexe de la question du libre arbitre. L’Homme, au sens large est à la fois le maître et l’esclave aux mille et un visages. Accablé par les forces qui se déchaînent sur lui en conséquence de ses faiblesses et de ses expériences avec le pouvoir, il n’a pas fait le choix d’un royaume ou d’un empire au sein desquels la déconstruction du langage et les révélations qui en découlent se partagent en toute clarté et s’enseignent publiquement. Bien au contraire, le langage est vite devenu un instrument tout puissant de manipulation et un outil communément dénaturé ou falsifié, et mené à la conquête par la politique avant la réconciliation des théories et des résultats par les autorités administratives et religieuses. Le bilan est un des moteurs du choc des civilisations.

Depuis  l’Antiquité, l’hermétisme qui recouvre l’art du langage n’empêche pas l’éducation du peuple ; bien au contraire, l’accès à l’éducation et aux livres (papyrus pour l’époque romaine) permet un conditionnement et une hiérarchisation des tâches très efficaces. Le piège est ici : la somme des individus, la masse, forme une entité impériale inexorablement vouée à la croissance et à la conquête, mais chaque individu ignore la nature et  la substance du langage, qu’il considère et utilise comme un outil prêt à consommer. La signature d’une expérience de masse titanesque et auto alimentée, échappant au contrôle de l’expérimentateur. Les moyens et les intérêts particuliers sacrifiant les ressources et les besoins essentiels, la simplicité et la complexité devenant deux têtes chimériques qui se dévorent l’une l’autre. Pour exemple, malgré le taux d’alphabétisation sous la Pax Romana, la dissolution progressive de l’Empire et la pénurie de papyrus ont entrainé la raréfaction des livres et l’augmentation de leur coût, plongeant ainsi l’Europe dans un Moyen-âge marqué par l’illettrisme. Tandis que les arabes récupéraient le secret du papier (Chine) et du zéro (Inde), l’Empire romain occidental sombrait peu à peu dans l’obscurantisme, devant ainsi assumer des conflits intérieurs sans nom et des invasions dites barbares.  

Le langage et l’écriture ont donc un versant public et un versant hermétique. Présents de révélation, ils sont aussi instruments de manipulation. Et par extension : la base d’un système d’exploitation dont les éléments domestiqués, éduqués ou non, n’utilisent et ne répondent qu’aux formes les plus basiques, les plus fonctionnelles, pour discuter de leurs droits et accomplir leurs devoirs. La substantifique moelle de l’art du langage étant réservée aux élites et plus précisément à l’élite de l’élite. Depuis l’Antiquité, l’avidité humaine a fait de l’écriture le vecteur principal du consumérisme. En premier lieu la culture et le sacrifice intensifs du végétal et de l’animal, puis la forge qui permettra l’imprimerie. Un de ces feux composant le laboratoire exclusif dans lequel l’Orgueil des nations fabrique ses anneaux de pouvoir.

Cependant tout bien ou outil mal acquis et mal utilisé ne profite jamais éternellement. Et tout pouvoir subtil arraché à la nature dans de mauvaises intentions finit toujours par échapper à son utilisateur. À mesure que l’essence de la vie lui échappe, l’Orgueil s’évertue à chercher l’anneau unique qu’il a perdu lors de sa première grande bataille contre lui-même (fin de l’Antiquité). Mais ce qu’il a perdu en réalité est à la fois bien moins et bien plus qu’un instrument de puissance et de contrôle de l’Être… L’intelligence artificielle de l’Empire cherche donc sa pièce maîtresse pour se doter d’un NOM ? Cet anneau est la malédiction posée sur le langage, révéler enfin ce dernier revient donc à détruire cet objet de pouvoir entièrement corrompu en le plongeant dans le feu dont il est issu.   

Si irrévocable soit la loi de l’entropie et quelle que soit la complexité croissante des problématiques que nous engendrons, les réduire et les résoudre nous ramènera à la simplicité de toutes les merveilles que nous avons oubliées. Doit-on attendre la mort ou la fin des temps que nous connaissons pour réconcilier les têtes qui se dévorent l’une l’autre ?

Un simple cri, un simple sourire, un simple regard, disent tout !   

Je vous donne rendez-vous pour un prochain article, consacré à ces secrets bien gardés qui se trament derrière l’Histoire des langues véhiculaires et de l’écriture.

Un conte de Noël !

C.A.B

Ci-dessous deux reportages signés Arte à ne pas manquer!

Désolé, quelques temps après la rédaction de cette article et du suivant, Arte semble avoir retiré de la zone gratuite ses documentaires sur les origines de l'écriture, probablement pour privilégier les ventes. Je vous conseil néanmoins de vous les procurer et de les mettre en équation avec nombre de mes papiers. 

 

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