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Le blog de Persone

Attentat à Charlie Hebdo, massacre au nom du fanatisme… mais encore ?

9 Janvier 2015, 03:33am

Publié par Persone

Un mercredi peu ordinaire… et aujourd’hui si peu après… dois-je écrire ? Puis-je me le permettre ? Un réveil difficile, des pensées douloureuses, froides, compassionnelles…coupantes ! Une cigarette peut-être ? Et ce soir où en est-on ? Ah et puis merde un papier, vite !

 

Ok... Qui a tué Charlie?

 

Le fanatisme, les intégristes, les barbus, les terroristes ? AUCUN DOUTE ! 

Le néocapitalisme, l’ultra libéralisme, le néocolonialisme ? Ah, euh oui effectivement.

L’acharnement du modernisme vainqueur à avilir les cultures et traditions déchues ? Je n’avais pas envie d’y penser.

Le règne de l’argent, de la richesse décomplexée, le rachat des valeurs, la cotation en bourse des vices sous toutes leurs formes ?  Dur, mais pas faux !

L’étalage et l’imposition mondiale d’un mode de vie, la bonne conscience illégitime des opportunistes de l’histoire, le racisme et ses différents visages, la condescendance et l’élitisme ? Merde alors !

La banalisation audiovisuelle de la violence et la sacralisation médiatique du mal ? Mal qui n’est pourtant qu’une grimace infâme mais pas moins ordinaire que l’ignorance, l’orgueil ou encore l’amour propre, dont il est se fait le masque… « Si tu t’aventure par-là » - me dirait cette chère Anna Arendt - « Tu es foutu ! »

Et dans un contexte généralisé de mauvaise foi vénale et de déni vis-à-vis des traumas psychologiques qui affectent profondément une majorité de la population humaine, que dire des dérives modernes du cynisme et de l’humour, que dire de la banalisation de la vulgarité, de la barbarie sophistiquée et de la moquerie sans limites… on va me crucifier si j’ose penser ça tout haut aujourd’hui !

Et la pornographie spéciale anale sur beurs et beurettes soumises… bon là faut que j’arrête… Oh et puis merde : 

Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré et tous les autres, et leurs familles…. Et enfin ce Charlie que nous sommes tous aujourd’hui, et si c’était nous tous qui les avions tué ?

Comment ? Bien je viens d’oser le dire, en niant, en fuyant, en ignorant, en méprisant, en armant, en provoquant, en humiliant, en instrumentalisant ou en caricaturant le fanatisme et les fanatiques !

Aussi, quand un groupe de grands plaisantins, talentueux et portés par l’air du temps, est sacrifié sur l’autel de notre comédie humaine après avoir chatouillé une horde de fanatiques et soufflé maladroitement sur les braises d’un des plus dangereux feu de l’histoire, il me semble inapproprié de motiver la liesse populaire en déclarant les humoristes « héros de la nation » !

Mais encore…

Un groupuscule d’hommes dégénérés par la haine et endoctrinés par le fanatisme religieux vient une fois encore de nous prouver, de la plus bestiale façon, que notre légèreté  n’est pas adaptée à la profondeur d’une folie en pleine expansion… C’est un fait. Alors brandir ici l’emblème de la liberté d’expression (fièrement ou larmoyeusement pour la clientèle et stratégiquement  pour les clientélistes), n’est-ce pas là risquer de donner au fanatisme plus de conviction et de disciples qu’il n’en a déjà et plus d’importance qu’il n’en mérite ?!

Si vous êtes un habitué de 20 minutes ou de TF1, détendez-vous, et détrompez-vous, loin de moi l’idée d’excuser l’intégrisme, le fanatisme ou le terrorisme ! Et je ne fais pas non plus dans la culture du pessimisme ou de la victimisation, loin de là !!!

Si vous me suivez encore, je tiens ici à insister sur le fait que la guérison de l’âme humaine ne se réduit pas au fait d’aller de l’avant en contournant systématiquement (et souvent maladroitement) la réalité des maladies et des traumas de l’esprit. Aussi efficace que puisse l’être la méthode de la pensée positive, transcender ici maintenant et durablement la notion de bon et de mauvais l’est bien plus encore ! Ne mettons plus la charrue avant les bœufs ! Et notons que la maîtrise de l’esprit et le secret du bonheur sont de grands pouvoirs qui impliquent de grandes responsabilités… Responsabilités qui ne permettent ni la malignité des intérêts et des désirs personnels, ni le prosélytisme décomplexé des innombrables amateurs du syncrétisme façon nouvel-âge. Comme je l’ai déjà mentionné, des moines bouddhistes tibétain se sont immolé en signe d’échec en s’apercevant que leurs enseignements était tombés entre les main d’un pouvoir obscur ! En Inde, les seules démocraties directe représentant une alternative aux horreurs de la pauvreté et de l’insalubrité unissent enfin les intouchables et les nobles dans un débat oral ! Un intouchable qui se permet de rompre le silence que sa condition et son abnégation lui impose face à une caste supérieure : Une chose impensable il y a encore quelques années ! J’insiste : Le conservatisme, le libéralisme, le socialisme, le pragmatisme, le positivisme, le progressisme, la catharsis, l’abnégation, la discipline (…), sont de simples outils pour l’individu ou le collectif, mais en aucun cas des remèdes suffisants pour nous libérez de nous-même et de l’entropie morbide de notre mécanique cérébrale. Comprenez nos habitudes culturelles, que pilote tant bien que mal notre amour propre, pour compenser la douleur de notre moi.  

Colère, dérive, haine, radicalisme, faudrait-il les accepter ?  Voilà donc qui n’est pas New-Age ! En ces temps difficiles, fermons la porte à nos mauvais sentiments, la colère est le piège dans lequel sombrent facilement ceux qui vivent dans la souffrance, voilà qui est dit et redit… rien à redire ! Mais pourquoi tant de tabous sur le piège inverse (et j’insiste sur le terme) : celui du positivisme doctrinal et de la bonne conscience illégitime dans lequel se prélassent ceux qui fuient cette sacrée souffrance et vivent dans le déni de la misère et du fond de commerce qu’elle représente ? Comme je l’ai déjà mentionné dans mes articles, la sérendipité excessive des vainqueurs engendre la zemblanité proportionnelle et régulatrice des perdants ! A chaque révolution, on redistribue les cartes, rien de plus.

Assurément les républicains de notre révolution chérie, eux,  n’éprouvaient pas de honte à l’égard de la violence et de la colère, n’est-il pas ? Et doit-on rappeler que le terrorisme (du moins le terme) est bien né ici, dans cette chère patrie des droits et de la liberté ? A cette époque on n’avait pas honte de dire qu’il était la seule arme dont disposaient les pauvres pour venir à bout de la forteresse des riches. (Pour ceux qui avaient encore un doute, vous pourrez vérifier que c’est bien à grands coups de fusil et cocktails explosifs que la république et la démocratie ce sont assises sur leur trône).

Mais revenons sur la notion de piège inverse : avec un minimum de psychologie on peut comprendre que les réactions de ceux qui s’enferment dans la souffrance et celles de ceux qui lui tournent le dos, s’engendrent mutuellement et qu’elles ont les mêmes dénominateurs communs : La souffrance, donc ! Mais aussi la frustration, la compensation, la mauvaise éducation, la facilité, l’amour propre (par opposition au respect de soi et des autres), la perte de contrôle de l’esprit, la soumission, l’endoctrinement…

Est-il si difficile de comprendre que de lutter contre la dérive du cœur et de l’esprit est aussi difficile pour un pauvre souvent mal éduqué et soumis à ses contraintes quotidiennes que pour un nanti qui a tout à perdre et oublie son humanité en protégeant ses acquis et sa carrière ?

Est-il si difficile de comprendre que les humiliations des laissés-pour-compte sont sans cesse ravivées par la condescendance ou l’indifférence des plus opportunistes et que les réactions populaires des classes laborieuses, souvent violentes et vulgaires, galvanisent à leur tour le mépris des classes dites supérieures ?

Allons-nous enfin nous décider à concevoir une vision plus psychologique de l’histoire et à mettre en évidence les relations entre les dominants et les dominés, les maîtres et les esclaves, les colonisés et les colonisateurs, les exploités et les exploitants, les vaincus et les vainqueurs, les humiliés et les moqueurs (…), sans oublier bien entendu le point commun qui réunit tous ces binômes entre eux !

Nous voulons tous stopper la colère et la haine ? De part et d’autre de chacune de nos frontières (corporelle, culturelle, ethnique, nationale…) ? Arrêtons donc de les montrer du doigt, de leur tourner le dos et de les banaliser hypocritement ! Nous voulons nous affranchir du cycle de leurs explosions collectives et surtout de ce qu’elles représentent au fond de chacun de nous ? Arrêtons de briser les miroirs de notre conscience et revenons sur les blessures de notre Histoire afin de jouir d’une guérison définitive ! Et comprenons que cette guérison est totalement compromise par les cachets d’aspirine produits par notre conception du progrès! Un progrès nettement fantasmé, qui rappelons-le devaient nous tailler un avenir radieux où les rosbeefs et les gaulois pourraient s’entendre… et même les nègres, les blancs, les juifs et les arabes !

Lorsque l’Homme conscientise les maux qui le rongent, sa réalité change, l’horreur s’estompe d’elle-même, le progrès n’est plus une fuite en avant et la paix se signe par un acte de sincérité, de part et d’autre de la ligne d’affrontement.

Le raisonnement ne vous laisse pas indifférent ? Voilà un bon début ! Revenons encore quelques années en arrière…

En ce jour patriotique et fraternel, beaucoup ont twitté  « luttons citoyens et défendons fièrement notre esprit des Lumières »… un slogan légitime, si on pouvait comparer la hauteur du phare des Lumières à la profondeur d’un philosophe comme Rousseau, mais la vérité triomphante de ce fameux siècle d’illuminés est toute autre ! Portée par des stars comme Voltaire ou des implacables tels que Hobbes, cette vérité orgueilleuse et opportuniste se définit par le paradigme qu’elle impose encore aujourd’hui :

« l’homme est un loup pour l’homme et la nature cruelle, mais le progrès, les échanges et le profit aideront les hommes à se réconcilier »   

« l’homme est mauvais et la nature cruelle, mais la science, l’argent, et les compensations du matérialisme nous sauveront, aidés pour nous rendre meilleurs par la douceur de vivre, le second degré, les bonnes manières (… ) et autres sophistications civilisatrices »

Ah, la sophistication ! Celle qui allait lentement mais sûrement banaliser l’usage de la rhétorique, du cynisme et de la limite glissante entre la politesse et l’hypocrisie.

Dois-je le souligner encore, notre merveilleux système de profit n’a fait que transformer nos guerres barbares en conflits militaro-économiques, et notre exploration du monde en consumérisme planétaire !

Et le progrès, la sophistication des moyens ou les innombrables compensations, dites-moi… Ont-ils rendu les hommes meilleurs ?

Et que dire de ces glissements...

- Entre la politesse, les manières et l’hypocrisie ? (J’insiste !)

- Entre l’adaptabilité, l’opportunisme et la schizophrénie ?

- Entre le cynisme, sa vulgarisation à toutes les sauces et ce qu’il devient entre des mains malines et opportunistes ?

- Entre les raffinements du second degré, l’humour gratuit, la moquerie et le harcèlement permanant des vainqueurs…?

A tous les nostalgiques de nos Lumières, donc :

« Nous vivons une époque dangereuse, nous avons peur pour nos enfants ! Et pour cause ! Les concepts du progressisme, de la culture intensive et de la poule aux œufs d’or étaient lumineux, mais nous avons sottement mis la charrue avant les bœufs et somment tombés dans le complexe perpétuel de la poule qui fait l’œuf et de l’œuf qui fait la poule ! Le cancer de l’argent !

Rien aujourd’hui n’est plus naturellement dilué et  savamment manipulé que la vérité du moment - Surtout celle concernant l’Orgueil et l’Argent, c’est un fait. Cette vérité, toujours changeante, cessons chacun de la faire nôtre avec l’arme légendaire du déterminisme, l’armure collective de la bien-pensance ou le drapeau populaire de la métaphore triomphante !

Chers lecteurs,

Ce texte étant le fruit d'une réaction à chaud, j’avoue le caractère maladroit d’un article inspiré par une double indignation et alourdi par le matraquage des énumérations. Pour ma défense, l’heure est grave et je n’écris pas pour vous séduire ! Aurais-je négligé de suggérer une antithèse de la thèse, comme tous les alarmistes et autres enragés de mon acabit ? Justement non ! J’ai juste trouvé leurs dénominateurs communs pour pouvoir les fusionner ! Et je gage que les médias les plus déterministes se chargent déjà de la grossière antithèse à ce genre de propos scabreux et rétrograde ! Uhuh !

A tous ceux que j’aurais choqué : « bien désolé mais relisez-moi vraiment en ouvrant ou en vidant votre esprit ! Je n’attends pas moins que vous d’en finir avec la violence et le fanatisme et c’est probablement votre orgueil, malmené ces temps-ci, qui vous suggère après une première lecture que mes propos font l’apologie de la déprime et de la culpabilité !!! Je ne suis pas non plus un professionnel de la contestation opportuniste, ni un des nombreux Soral en herbe, ni même un fan ou un fanatique de la théorie du complot !

Au temps de l’Algérie libérée dans le sang, Camus solidaire de la cause Algérienne ne s’inquiétait pas moins des excès et des effluves provoqués par les acteurs de la révolte, du Bled à Paris. Il répondait aux métaphores enflammées et à l’empressement des « courageux » philosophes Parisiens en les alertant sur les limites de la bonne conscience, du déterminisme et de la théorie sur un terrain où les bombes tuent et les gens souffrent, quel que soit leur camp. Bref, suis-je vraiment solidaire et compatissant pour les victimes et leurs familles?… Sûrement autant que ceux qui ont besoin de le montrer et assurément plus que ceux qui se soulageront en se persuadant que je ne le suis pas !

 

 

 

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