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Le blog de Persone

Le Nouvel Ordre Mondial pour les nuls - Chronique de la mondialisation - Partie 2 -

17 Juin 2010, 14:26pm

Publié par Persone

Comme promis, voici un petit résumé du contexte historique, relatif à la vidéo de la conférence de presse du Général de Gaulle, en 1967. 

Chers lecteurs, téléportons-nous quelques 250 ans avant cette allocution du Général…

A l’aube du modernisme :

Bien que la monarchie se soit enrichie sur les profits de l’esclavagisme, elle n’en fut pas moins ruinée par sa folie des grandeurs et par les guerres entre seigneurs et confessions !  Mais la divine providence fit qu’à la mort du coûteux Roi Soleil, un économiste anglais portant le nom de John Law fut attiré par la France ! Ce dernier aida Philippe d’Orléans à redresser les comptes de l’état.

Comment ?

Grâce au petit jeu de l’argent dette (naissance des bons papiers de reconnaissance de dette) et de la spéculation financière.

Mais encore ?

Le système Law est le premier exemple de création d’une banque royale reliée à une compagnie d’actionnaires dont le contrôleur général des finances (Mister Law) était autorisé à imprimer des billets garantis par l’état et à percevoir des impôts indirects dont celui lié à la fabrication de la monnaie. Ce système est aussi le premier exemple des risques relatifs au rachat de dettes par un système spéculatif : Entre 1716 et 1720 la banque royale et la Compagnie Perpétuelle des Indes a fait racheter les dettes de l’Etat par de riches actionnaires en leur promettant un retour sur investissement fondé sur les profits prometteurs de l’aventure coloniale ! L’absurdité des chiffres et la haine – conclurait Léo Ferré. Bilan de l’opération : Un effritement du mensonge (sur la quantité d’argent émis, mainte fois supérieure à celle de l’argent réel présent dans les coffres de la banque), un éclatement de la bulle financière, une hypocrite relance de l’économie fondé sur la facilité du pillage des colonies, une supercherie ruineuse pour les actionnaires les moins malins et un enrichissement rapide pour les mieux informés !

La pieuse bourgeoisie trouvait l’argent sale… Avec ce système la banque s’occupe de tout et le peuple gémit moins, se moquant éperdument de savoir si l’argent est bien ou mal acquis ! Voilà un système qui fonctionne pour un royaume, tant qu’il restera sur terre des territoires à dépouiller ! Voilà un système durable pour une tripoté de milliardaires, tant qu’il y aura des hommes à exploiter et des enfants à sacrifier !

Alors pourquoi la révolution n’a pas simplement aboli ce système, qui est toujours le nôtre ?

 Parce que le siècle des lumières a vu couronner des savants  fascinés par un pragmatisme opportun que facilitait l’air du temps ? Parce que nous avons choisi les joies du progrès selon Voltaire, sans prêter attention au danger de l’hypocrisie, mis à jour par Rousseau ? Toujours est-il que la bureaucratie bourgeoise de la jeune république a légiféré à son avantage ce petit jeu de Monopoly en saignant ce qu’il restait du royalisme pour faire bonne impression, mais en laissant aux puissantes familles et au Vatican leur chasse gardée. A chacun ses mensonges et les vaches seront bien gardés.

A ne pas oublier dans le tableau, la franc-maçonnerie ! Qui, outre son influence discutable et discutée sur la révolution française, affirmera son pouvoir sur la politique du pays dès la troisième république. Une franc-maçonnerie spéculative dont on peut se demander si elle souhaitait étendre ses lumières ou ses tentacules de par le monde ! Car peut-on parler de lumières lorsqu’une icône telle que Jules Ferry justifiait l’aura civilisatrice de notre empire colonial par le bien-fondé de l’éducation des races inférieures ??? Et n’oublions pas les Etats-Unis d’Amérique qui, de l’autre côté de l’océan, se félicitaient de leur victorieuse indépendance et se piquaient au jeu des fraternités secrètes ! Ces colons, dont les aînés avaient fui les guerres d’Europe affirmèrent très tôt leur engouement pour les rituels maçonniques et la philosophie éclairée, alors que leurs braves soldats n’en finissaient plus de massacrer les indiens rebelles qui leur rappellent, encore aujourd’hui, qu’ils ne sont que des imposteurs ! Que de lumières !!!   

Côté Français encore, l’héritage de la révolution amène l’empire à composer avec la soupe républicaine qui se divise entre les droites (conservatrices, progressistes…) et les multiples gauches (radicale, modérée, utopiste, anarchiste…). L’euphorie générale de cette période, marquée par la terreur, les crises, les guerres, les révoltes et la « Commune » de Paris, ne permet qu’à une élite intellectuelle de se pencher sur la condition humaine et sur toute l’attention qu’elle devrait susciter au regard de la politique ! Apprendre à lire, à écrire, à compter et à produire ne suffit pas pour que l’homme se révèle à lui-même. En revanche, voilà qui peut aider à le conditionner… Cela certains philosophes largement minoritaires l’avaient déjà compris, tout comme ils comprenaient que l’évolution liée à l’objet, celle du capital et du matérialisme, ne devait en aucun cas dépasser celle de l’épanouissement humain et terrestre… Hélas…

Pour vous donner une idée des idées défendues par quelques pointures de l’époque, je vous conseille de vous renseigner sur ces quelques personnages : Guizot pour les plus inclassable entre la gauche et la droite ; Tocqueville pour la droite à la fois libérale, progressiste et antirévolutionnaire ; Flaubert, Balzac ou Hugo pour les plus romanesques ; Proudhon et Fourier pour les plus socialo-utopistes ; Leroux et Vallès pour les plus enragés, Louis Blanc et Péguy pour les plus impliqués … est-ce utile de citer Marx… lisez le au moins un peu, avant de lui coller une chemise rouge !

Dans la seconde moitié du XIXème et bien qu’ils soient fâchés sur les questions de l’égalité et du capital, les ancêtres du communisme (conscients du nombre et de la force ouvrière) et les grosses fortunes (motivées par les nouveaux spéculateurs sans frontières) ont au moins un point commun : Tous ont compris que le socialisme permettrait les avènements du travaillisme, du positivisme, de la puissance nationale, de l’industrie reine et du profit exponentiel ! Mais en ces temps les grosses fortunes, les clubs élitistes, les fratries secrètes et autres groupements d’intérêt ont un immense avantage, car les plus humbles défenseurs de la jeune république populaire, fraîchement sortis de l’école, n’ont pas le recul de ces élites dont les réseaux d’influence ouvrent les portes de la science, de l’ésotérisme, de la politique ou de la finance depuis le berceau. Autre atout pour les vainqueurs et les privilégiés de l’époque: L’idéal populaire des maîtres à penser les plus justes s’évapore ou se dilue dans la bouche des politiques et dans les divisions internes, à gauche, comme à droite. Et enfin, avantage majeur, l’individu de la rue est encore une matière brute, il oubliera vite que la liberté et son mérite constituent à la fois le paradoxe et l’enjeu  principal de cette période charnière, pour peu qu’on lui donne du travail et une paye suffisante !   Les avertissements de Platon, les leçons de Rousseau ou les critiques de Flaubert nous donnent des flatulences ! Et cet emmerdeur de Dostoïevski aussi ! Mes frères, en route pour le progrès !

Et ils avaient raison, l’homo-vulgaris, avec du travail et une bonne paye, il vous transforme n’importe quoi en or, quitte à carboniser le monde sous les flammes de l’industrie ! Il vous construira même des fusées pour aller vous réfugier sur la lune avant que tout ne soit plus que cendre et poussière!!!

Reprenons l’exemple français pour la suite de l’argumentation :

Un autre phénomène me semble important, parce que toujours d’actualité : à l’époque, le souvenir du féodalisme était encore frais et l’homme ordinaire se ralliait facilement aux autorités quand il s’agissait de se défendre ou d’attaquer les voisins sanguinaires, même si on ne savait pas vraiment si tout avait commencé par un litige matériel, par une affaire religieuse, pour une question d’impérialisme ou pour une histoire de fesses ! Autrement dit, pour détourner les foules de l’éducation populaire indispensable à un socialisme humain et durable (dans le sens universel et donc écologique du terme), les conquêtes glorieuses, les annexions et l’exportation sacrée de nos idées révolutionnaires n’avait pas leur égal ! Ah l’orgueil et l’ignorance ! A propos d’Orgueil… Après les coalitions de 1792 à 1797, ayant permis à nos voisins de calmer nos ardeurs, un Napoléon tombait à pic ! Un homme qui ne dort pas, qui ne discute de paix qu’après avoir plié son ennemi et qui sait faire de bonnes alliances (…), un homme qui élargit les frontières du pays à coups de canon ! Un homme qu’on ne peut qu’admirer ! Encore aujourd’hui, à mon grand désarroi ! Un homme que la guerre acheva de ronger dans les cachots de Sainte-Hélène! Bref, les idées révolutionnaires et égalitaires qui avaient enflammée la nation depuis 1789 commencèrent à s’évanouir avec la guerre. Après la terreur, l’avenir des droits de l’homme en tant que symbole national fut donc ébranlé par les conflits : En 1790, les constituants renonçaient solennellement à faire la guerre contre la liberté d’aucun peuple, mais après que celle-ci fut déclarée à la moitié de l’Europe, le désir d’émancipation universelle fut vite dépassé par les fantasmes de notre bureaucratie et compensé par la satisfaction des victoires Napoléoniennes ! Pour la première fois depuis la révolution, les armées républicaines se battent là où les armées royales se sont battues avant elles… sur le thème du sang, de l’humiliation des voisins et de la victoire, le nouveau régime se met à marcher dans les pas de l’ancien ! La chute du premier régime napoléonien fut entraînée par la défaite de Waterloo, puis, après une courte restauration de la monarchie (légitimiste avec les bourbons jusqu’aux trois glorieuses -1830, puis libérale avec les orléanistes jusqu’en 1848), la France connu un second Empire de 1852 à 1870, cinq ans avant l’officialisation du régime républicain… Une fois encore la guerre (ici contre la Prusse avec le fameux désastre de Sédan en 1870) fit flamber un dangereux nationalisme, à gauche comme à droite, en France, comme en Allemagne. A propos de nationalisme et d’impérialisme : Napoléon III, probablement plus pour contrecarrer l’impérialisme américains que par altruisme, s’est permit une petite aventure au Japon, en apportant son soutien à la rébellion nationaliste porté par les derniers Samouraïs. Peu après il s’inclina devant la situation donnant l’avantage à l’emprise états-unienne sur l’île nippone.    

En définitive, l’entre deux crises (1870 et 1930) d’un capitalisme qui commence déjà à se mondialiser est marqué par une république déchirée entre les sanglantes percées du gauchisme révolutionnaire et les dispositions bourgeoises des républicains réformistes. Le capital et le pouvoir sont toujours entre les mains des grandes familles de la bourgeoisie européenne ; les ouvriers attendront le début du XXème pour voir la gauche s’unir (malgré les divisions relatives à l’affaire Dreyfus) et pour profiter, grâce aux anarchistes, d’un syndicat autonome et libéré du pouvoir étatique (ainsi fleurit la CGT. Notons au passage la présence de deux  grandes figures : Léon Jouhaux et Jean Jaurès! Ce dernier rassemblera la gauche Française jusqu’à son assassinat, au temps de l’escalade de la première guerre mondiale, contre laquelle il se dressait).

Mais revenons un peu sur notre XIXème siècle: Pauvre, brute et harassée, la classe ouvrière lutte, concentrée sur le pain, dispersée par les méthodes. Sur le terrain du suffrage universel, elle est encore en minorité face à l’importante paysannerie et face à la bourgeoisie de la sphère politique. Galvanisée par le sang versé et par de maigres victoires chèrement payées, comment cette masse ouvrière pourrait-elle maîtriser le sens profond, humain et durable lié aux espoirs de la révolution et aux perspectives du modernisme ? Flaubert prédisait « (…) la lourde charretée des écrivains socialistes, ceux qui réclament pour l’humanité le niveau des casernes, ceux qui voudraient la divertir dans un lupanar ou la plier sur un comptoir (…) un idéal de démocratie vertueuse (…) une sorte de Lacédémone américaine où l’individu n’existerait que pour servir la société, plus omnipotente, absolue, infaillible et divine que les grands lamas et les Nabuchodonosor. »

En définitive, la sphère de préoccupation du prolétariat ne dépassera pas la niche qui est la sienne, et, bien en dessous des idéaux humains que certains avaient pourtant ébauchés, le socialisme n’aboutira qu’à l’avènement du travaillisme positiviste ! Peu importe les inégalités inhérentes à l’expansionnisme occidental, peu importe les femmes, victimes de deux millénarismes au parfum de testostérone, peu importe le sens du progrès et l’aliénation du principe de liberté, peu importe les conséquences des flammes de l’industrie !!! A ce jeu des préoccupations plus universelles, les grandes familles issues des empires coloniaux, la haute bourgeoisie, le clergé, les nouveaux riches, les groupes occultes et les groupements d’intérêt en tous genre ont donc une longueur d’avance… qu’ils entendent bien conserver ! Le travaillisme et le positivisme des lumières accouplés au syndicalisme amèneront puissance, richesses et conciliation, jusque-là pas de problème, mais si la justice et l’égalité triomphaient un jour en leur royaume, si Thémis commandait aux peuples d’ôter leurs bandeau tout en reposant le sien sur ses yeux, elle permettrait un équilibre moral qui abolirait leurs abus de privilèges... Autrement dit, si la justice doit naître de l’Homme évoluant et donc de l’intérieur des nations, le pouvoir, qui dépend du capital doit s’incliner devant les lois de la spéculation et du marché mondial, peu importe les méthodes. Et pour se substituer à la justice, la magie de la planche à billet n’a plus qu’à matérialiser les compensations attendues par les peuples, sous forme de crédit. Ce système, cette mélodie trash du fric et de l’oppression permet à des chefs d’orchestres sans frontières de conserver les nations sous leur tutelle.

Aujourd’hui, bien que certaines de nos stars de la politique se proclament pompeusement de l’école de Marx, le pauvre philosophe économiste doit se retourner dans sa tombe, et de notre côté, on peut comprendre que les oligarchies du capitalisme aient toujours une longueur d’avance sur le socialisme…

Mais revenons à nos moutons… Ainsi l’expansionnisme prît-il un nouveau visage, la démocratie spéculative faisant son bonhomme de chemin jusqu’au XXIème siècle… Celui de l’industrie carnivore et du libre-échange sauvage, celui de l’argent dette et des lobbies financiers, celui de l’ultra régionalisme et de la logique des blocs, celui ou les gagnants peuvent devenir les perdants et vice versa.

Le système anglo-saxon et l’Europe d’un côté, la Russie et l’Asie de l’autre, et au milieu, l’Afrique à fric et le bassin méditerranéen avec sa position légendaire, bordée par ces foutus puits de pétroles ! Le cauchemar de Darwin ! Et de Jaurès !

La seconde guerre mondiale? Au final, un bon plan pour Roosevelt et Churchill ! La guerre des six jours ? Une profonde inquiétude pour De Gaulle! La folie des grandeurs et la grande hypocrisie dont il fut un des acteurs annonçaient déjà la plus grande, la plus morbide et la plus pitoyable fête du slip que l'humanité ait connu: la nôtre! Heureusement le général, qui ne mangeait pas de ce pain-là, n'avait plus que quelques années à supporter avant de pouvoir casser sa pipe!

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P
<br /> <br /> Plus indien que cow-boy, plus bouddhiste que catho... et pourtant romantique comme un Chateaubriand et chroniqueur des coulisses de l'histoire occidentale! Entre Tocqueville et Hugo, proche des<br /> écoles de Levy Strauss ou E. morin, simpliste comme un M. Moore... Persone est décidemment un auteur complexe et ses travaux devraient être classés parmi les indispensables!<br /> <br /> <br /> Bravo pour cet article que je n'avais pas encore découvert, il laisse présager un second livre efficace!<br /> <br /> <br /> <br />
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